La vie associative – Interview de Chloé

Chloé, que je ne présente plus, voyage à travers le monde en suivant son projet, les «  Voyages Solidaires« , spécialisé dans les ONG pour la protection de l’enfance, auquel j’ai consacré un article il y a quelques temps. Aujourd’hui en Australie pour quelques mois, elle travaille pour Plan Internationnal, qui belle coincidence, s’ avère être une association de parrainage d’enfants autour du monde. Elle est donc la personne la mieux placée pour nous parler de la vie associative en Australie tant sur le point de vue marketing qu’humain. En allant sur son site ou sur sa page facebook , vous pourrez suivre et soutenir le projet, aujourd’hui en pleine renovation. En attendant, on en apprend un peu plus sur cet aspect de la vie en Australie grâce à elle.

– Salut Chloé, peux-tu nous en dire un peu plus sur toi?

Je m’appelle Chloé Sanguinetti, j’ai 25 ans. Cela fait bientot 1 an que je voyage autour du monde. Je suis partie de Paris en Septembre dernier pour réaliser mon projet, les Voyages Solidaires. De Septembre à Décembre j’ai parcouru toute l’Amérique du Sud avec mon sac à dos et ma caméra, filmant les organisations de protection de l’enfance sur mon chemin. Malheureusement je me suis fait braquer deux fois (une fois en Equateur, on m’a piqué mes affaires alors que je regardais ailleurs, la deuxième fois en Argentine, on m’a pointé un flingue dans la tronche et pris mon (deuxième) sac à dos). Du coup j’ai perdu pas mal d’argent, il m’a fallu tout racheter, portable, ordinateur, caméra… Bref je me suis donc posée en Australie, à Sydney où je suis actuellement depuis mi janvier. J’avais biensur prévu de passer en Australie (que serait un tour du monde sans aller au bout du monde?), mais je devais initialement n’y rester que quelques mois avant de reprendre la route vers l’Asie du Sud Est. Etant donnée ma situation je me suis trouvée un boulot histoire de renflouer les caisses et de pouvoir repartir de plus belle. Je me suis rendue compte que rien ne me retenait. Je voyage seule et entreprend mon projet seule. Et puis un tour du monde c’est une fois dans une vie si on a de la chance, autant en profiter pleinement. Du coup la date de retour de mon voyage est repoussée à… qui sait?

– Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton projet, les Voyages Solidaires?

J’ai terminé mon M2 en Action et Droit Humanitaires en Janvier 2012. Avant de trouver un “vrai” boulot, je voulais voyager. Un tour du monde a toujours été un reve. J’ai donc monté les Voyages Solidaires. Un tour du monde des ONG locales de développement spécialisées dans la protection de l’enfance. But du projet? Promouvoir les initiatives de protection de l’enfance à travers un documentaire final résumant mes pérégrinations. J’avance à tatons, étant seule dans cette entreprise, m’interrogeant au fur et à mesure de mes rencontres sur différentes problématiques et aspect de la protection de l’enfance.

– Comment souhaite tu developper les Voyages Solidaires depuis l’Australie?

Après 6 mois de voyage en Amérique du Sud, me poser en Australie me permet de faire le point sur la première partie de mon projet. Réfléchir au message que je veux faire passer à travers ce projet, dans quelles directions je me tourne et de quelle manière je souhaite voir le projet évoluer.Une chose apprise jusqu’ici, je suis extremement mauvaise en communication, point tout de meme crucial pour continuer de faire vivre mon projet. Je me suis donc associée au talentueux Gustavo Valencia, graphic designer, rencontré au Pérou. Intéressé par le projet, il m’apporte une aide précieuse. Nous réfléchissons ensemble à la nouvelle image du projet, à la nouvelle façon de communiquer sur mon travail (beaucoup plus régulière), et à une refonte totale du site.

– As tu repere des associations en Australie que tu aimerais rencontrer? Lesquelles? Pourquoi?

En Australie les problématiques de la protection de l’enfance sont totalement différentes de celles de pays en voie de développement.Cependant je travaille avec Mickey, un tuteur personnel pour enfants handicapés à un entretien filmé dans lequel je l’interrogerais sur ses motivations personnelles, ses visions à lui sur son travail et les enfants qu’il accompagne au quotidien.Je suis également sur une piste pour travailler avec une organisation de policiers s’occupant tout particulièrement d’enfants victimes d’abus sexuels.

– Comment as-tu trouve cet emploi?

En arrivant à Sydney il me fallait un boulot immédiatement (la vie est extremement chère ici). Au bout d’une semaine je trouve une annonce internet pour un travail de “vendeuse” en porte à porte. L’annonce ne précise rien de plus si ce n’est que la paye est alléchante et que l’environnement de travail est amusant et chaleureux. Je me pointe donc et je décroche le job. Je suis fundraiser au porte à porte pour l’ONG Plan. Je toque aux portes des gens pour les faire adhérer à notre programme de parrainage d’enfants dans le tiers monde.

– Parle nous un peu plus de ce que tu fais au quotidien?

J’ai été promue manager au bout de deux mois. Je suis mieux payée et je me “marre” un peu plus. Je gère une équipe de 6 mecs, de 18 à 26 ans, certains sont français, des backpackers comme moi, et les autres sont australiens. Je dois les entrainer, les motiver (surement la partie la plus difficile, toquer aux portes est un travail compliqué), les guider. Nous avons des objectifs à atteindre en tant qu’équipe, un nombre de sponsors par jour et par semaine et en tant que chef d’équipe je dois m’assurer que ces objectifs sont atteints.Tous les matins on a une session de formation en équipe, c’est la partie la plus intéressante de ma journée, développer les gens et les voir devenir meilleurs dans ce travail. Je dois également m’assurer que tous les membres de mon équipe soient “bien” dans leurs baskets. C’est un job compliqué, on est rejetés la moitié de la journée, il faut une bonne santé mentale pour pouvoir tenir. Je les gère donc au cas par cas. Dans la journée je m’assure qu’ils font bien leur travail et s’ils ont encore besoin de formation, je les forme directement sur le terrain en les accompagnant aux portes. Nous sommes des fundraisers mais finalement ce travail est essentiellement de la vente. On utilise toutes les techniques de vente et de marketing direct en les adaptant au monde associatif. Et parfois je pense que l’on perd de vue le fait que nous travaillons pour une ONG. En tout cas je sais que de mon point de vue je me considère vendeuse bien plus que philantrope.

– Comment reagissent les australiens face au monde associatif?

Jusqu’ici je trouve que les australiens sont très peu sensibilisés au monde associatif. Il m’est difficile de faire des généralités car je ne travaille qu’à Sydney mais ici en tout cas, en me présentant aux portes les gens ont du mal à faire la différence entre une entreprise et une association. Comme partout il y a des sceptiques, des adeptes de la théorie du complot qui sont persuadés que tous les dons ne servent qu’à financer les voitures de luxe du directeur général (pour etre honnete je pense que ce sont surtout des excuses pour avoir la conscience tranquille de ne donner à personne et à aucune cause).Quelque chose de frappant est le fait que la plupart des australiens lambdas ne savent absolument rien de ce qu’il se passe en dehors de leur pays. En effet, jai rencontré beaucoup de gens pensant que l’Afrique était un pays (!), ou pensant que la pauvreté en Australie pouvait se comparer à la pauvreté de certains pays du tiers monde (!). Je prend des cas extremes certes, mais pas si rares finalement.Il y a de tout en fait. Des gens ignorants, des racistes, des personnes pleines de bonne volonté, des idéalistes et des reveurs (les témoins de Jeovah?). Comme partout finalement?

– Dans un pays ou les methodes de marketing directes sont exploitees a leur maximum, qu’en est-il pour le monde associatif?

En effet en Australie le “marché” du marketing direct (street fundraising ou door knocking) est à son paroxysme.. Il m’est déjà arrivé de me retrouver à toquer aux portes dans la meme rue, au meme moment que deux ou trois autres personnes vendant de l’électricité ou bien représentant une autre association.Les méthodes de vente sont les memes pour tout le monde. Si tu peux vendre un produit, tu peux tout vendre. On nous apprend à mentir aux portes (des mensonges blancs, rien de bien grave), à bien utiliser notre “body language” et à prendre le controle des gens pour leur faire faire ce que l’on veut. C’est pour cela que j’oublie bien souvent que je représente une association. De temps à autre je rencontrerais quelqu’un avec qui le feeling passe bien, avec qui je passe plus du temps (le nombre de fois où l’on m’a invité à l’intérieur pour boire un verre, un café ou meme pour un petit encas est incomptable!), et je redeviens moi meme, je parle de mes expériences autour du monde sans etre cet espece de robot qui peut faire signer n’importe qui.Il y a donc peu de différences entre le monde associatif et les compagnies privées, les techniques de vente sont les memes et tout le système est le meme. On ne va pas se leurrer, je ne travaille pas pour une association mais pour une boite de marketing.

– As-tu rencontre des jeunes faisant du volontariat ici?

Non!

– As-tu quelconque recommandation pour des voyageurs en Australie s’interessant au monde associatif?

Il y a beaucoup d’associations différentes ici, autant internationales que nationales. Les recherches sont très faciles à faire sur internet mais sinon l’on peut faire un tour à l’office du tourisme de Sydney (ou de n’importe quelle autre ville du pays je suppose) pour plus de renseignements.

– Quels sont les plans pour la suite du voyage?

Pour l’instant je renfloue les caisses et je m’occupe de remodeler le projet avec Gustavo. Je pense reprendre la route en Octobre (Asie du Sud Est, Inde, Afrique) sans avoir aucune idée d’une quelconque date de retour. Rien ne me retient finalement.Je travaille en collaboration avec la société de production Al Di Sopra pour la mise en forme du documentaire. A mon retour je souhaite largement le diffuser, je ne sais pas encore par quelle voie. Une exposition photo sera également organisée.Une fois le projet bouclé je pense chercher du travail dans ma filière, la logistique humanitaire. Et avec un peu de chance repartir sur les routes…

Merci Chloé pour toutes ces informations, un beau projet à qui on souhaite une belle continuation!

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